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4 février 2009

20 minutes de poésie

Bonjour à tous !
Peut-être que vous aussi, tous les matins, vous lisez la presse gratuite ou êtes entouré de gens qui la lisent. Sous-journalisme ? Presse de mauvaise qualité ? Aucune qualité de rédaction ?

Peut-être. Mais on peut sauver facilement cela.

Savez-vous ce qu'est un alexandrin blanc ? Il s'agit d'un alexandrin traditionnel (douze syllabes précisément, découpées en 6/6 ou parfois 4/4/4) présent dans un texte en prose. Pour peu qu'on cherche, on en trouve partout...

Je me suis donc amusé à lire en entier un quotidien gratuit d'aujourd'hui (sans les pubs et les résumés de film... quand même) pour en extraire tous les alexandrins blancs, et je vous livre donc ici-même un sonnet traditionnel dans les règles de l'art en citant uniquement des phrases tirées dudit journal !
C'est parti !

Poème gratuit

Ils l'ont noyée dans une salle de bain
Trois jeunes gens ont dû être hospitalisés
La police a lancé un appel à témoin
« Vous savez, on escorte aussi les VIP »

« On s'en fiche que le jet d'eau se soit éteint !
Pourquoi les Suisses sont-ils toujours si coincés ? »
Il s'agit de 90 informaticiens*
Le look et les kilos d'Adjani font jaser

Mais dans certains cas il peut provoquer la mort
La police a été appelée en renfort
« On est à terre et en plus on a tout perdu »

Le métro a subi 16 interruptions*
Les Renanais ont donc dû reprendre l'avion
Jennifer Aniston n'aime pas les poilus

*Pour obtenir 12 syllabes, merci de faire la diérèse.

Voilà. Je n'ai malheureusement pas pu alterner les rimes féminines et masculines, comme le veut l'usage, et les rimes sont plutôt pauvres... Ce texte garde cependant une qualité poétique certaine, et je souligne que les deux premiers vers de la deuxième strophe (« On s'en fiche que le jet d'eau se soit éteint ! Pourquoi les Suisses sont-ils toujours si coincés ? ») étaient un courrier d'une lectrice, kiki, qui peut se vanter d'avoir envoyé un message composé de deux superbes alexandrins.

Quelques autres jolis alexandrins blancs que je n'ai pas pu placer dans le sonnet :
« Trois jeunes Autrichiens ont fini aux urgences » (à la une)
« Envoyer un colis de 2 kg en Suisse
Devrait coûter 7 fr. dès le 1er avril » (deux alexandrins blancs de suite, très joli)
« Alesha Dixon a pardonné à son ex » (gros titre dans les pages people)
« Alesha Dixon vient de retrouver l'amour » (conclusion du même article)
« Vous fuyez les conflits et ceux qui les provoquent » (dans l'horoscope, très beau)

Voilà. J'espère que vous ne lirez plus jamais la presse gratuite de la même façon.

Texte : Glützenbaum d'après le 20 minutes du 4 février 2009

A bientôt !

8 novembre 2008

Lâche tes comms

Aujourd'hui, pour changer, un peu de poésie, avec une composition qui se fait l'hymne du skyblogueur moyen et vomitif. Ce poème, qui respecte au mieux les règles formelles, s'intitule "Lâche tes comms". En espérant que les alexandrins ne vous incommodent pas.

Lâche tes comms

Je suis le skyblogueur triste et insignifiant
J'expose mes amis, mes goûts vestimentaires
Sur le vaste internet où d'un ton trop confiant
Je mendie au lecteur des gentils commentaires

Que peut-on dire hélas de ma vie insipide ?
Moi qui, grégaire, allai me fabriquer un blog
Pour y surexposer mon âme trop limpide
Que putréfie encor de la toile le smog

Je zigzague, il est vrai, entre différents thèmes
Moi, mes amis, mes goûts, admire ce slalom,
Et s'il te plaît lecteur montre moi que tu m'aimes
Lâche tes comms.

Prédestiné à rien, voué à pas grand chose
Moi que le dieu Skyblog a appelé à lui
Je me convainc que mon destin n'est pas morose
Que je sors du troupeau, que j'échappe à l'ennui

Je te tends ma sébile et je rampe à tes pieds
Commente la façade amère de moi-même
Je mettrai ton skyblog parmi mes préférés
Mais ne m'ignore pas, ce serait le blasphème !

Photos de moi que je prends avec mon portable
Et clichés rigolos vus sur humour.com
Dis-moi, lecteur, que tu trouves ça admirable
Lâche tes comms.

Et voici mes amis, revoici mon faciès
Et la présentation d'une star adulée
Et voici un poème en langage SMS
Dont l'orthographe hideuse irrite la cornée

Les points d'exclamation se promènent par trente
Les mots sont en couleur, rose, vert, jaune et bleu
Trop de pages, ma foi, trop inintéressantes
Trop d'articles basés sur deux photos, au mieux.

Et pourtant je pourrais changer un peu de disque
Réfléchir, et causer un interne malstrom
Mais lecteur, même si je ne prends pas de risque
Lâche tes comms.

Moi le cyber-mendiant et toi le cybernaute
Je t'offre mon destin, tu peux le commenter
Peu importe, au final, le message de l'hôte
Tant qu'il y a message, on peut me contenter

Tous les coups sont permis pour causer la remarque
J'apostrophe à tous vents mon ami le lecteur
Tel le bouffon qui doit amuser son monarque
Et qui doit la survie à son roi bienfaiteur

Ainsi le commentaire est le vin qui m'enivre
Ce qui me tient vivant, ma drogue, mon opium
Alors lecteur, pitié, permets-moi de survivre
Lâche tes comms.

Ô stérile fatum, je cherche mon étoile
Si le sens de ma vie est mon code d'accès
Commente-moi un peu, moi qui pourris la toile
Pour croire que mon blog aura eu du succès

Après mon dernier clic, ayant quitté la terre
Quand mort je passerai ce tunnel dévorant
Au bout, j'apercevrai cette blanche lumière
Me guidant comme la lueur de mon écran

Laissant derrière moi ce blog en témoignage
Cette page du web, comme un mémorandum
Au pied duquel tu peux déposer un hommage
Lâche tes comms.



Glützenbaum, novembre 2008.
À bientôt.

21 octobre 2008

La déception

Messieurs,

C'est la main courbée par la déception que je saisis ce clavier d'ordinateur pour vous écrire ces quelques lignes que je suis en train d'écrire. On vous connait depuis quelques temps sous l'acronyme CERN, c'est-à-dire Centre Européen de Recherche Nucléaire pour les intimes. Votre métier consiste à regarder des morceaux d'atomes, à les faire cuire, les chatouiller et les peindre en bleu pour voir comment ils réagissent, et ainsi faire avancer la science, on ne sait pas vraiment où, mais la faire avancer quand même.
Or vos expérimentations vous ont menés à une nouvelle expérience : prendre une particule, la faire courir très très vite, et ensuite en prendre une autre et la faire courir aussi vite que l'autre mais dans l'autre sens. Les deux particules se rentrent dedans et théoriquement l'énergie produite crée d'autres particules. Cependant, en pratique, il est prouvé que la collision ne crée pas de l'énergie mais la fin du monde (pour une raison qui demande des connaissances trop élevées en physique pour que quelqu'un ait une chance de la comprendre une fois dans sa vie ou simplement pour qu'il croie l'avoir comprise). Les médias, en tout cas, même s'ils n'ont pas compris pourquoi, ont très bien compris que la fin du monde était proche et l'ont écrit à plusieurs reprises en grosses lettres à la une de leurs journaux. Seulement voilà, le jour où tout le monde s'attendait à ce que tout sombrât dans le néant, il ne s'est rien passé.
On nous a alors expliqué que pour l'instant on n'avait fait courir qu'une seule particule et que l'autre ne viendrait qu'un mois après. Bon, soit. La date en question devait tomber pendant que j'étais en camp à Rome avec ma classe de latin. Je pars l'esprit léger, et quand je reviens, qu'est-ce que je constate ? Rien n'a changé, le monde est toujours là.
De qui se moque-t-on, messieurs ? Un délai d'un mois, passe encore, mais après un mois à regarder une particule tourner un rond, il me semble, messieurs, que vous auriez pu mener à bien votre expérience. Nous les petits, nous les sans-grade, nous exécutons nos travaux jusqu'au bout, ce n'est pas parce que vous travaillez au CERN, messieurs, que vous pouvez vous permettre de ne pas tenir vos engagements. Vous avez laissez entendre que vous causeriez la fin du monde, et bien faites-le, soyez un peu responsable.
Pensez à toutes les personnes qui ont annulé des réservations à cause de vous. Moi-même, j'avais réservé une place à un spectacle. Je ne l'ai pas annulée parce que j'ai oublié. N'empêche, j'aurais pu l'annuler, et ç'aurait été votre faute.
Votre comportement et votre manque de sérieux vis-à-vis de la fin du monde me déçoit profondément, car je considère que la fin du monde est un sujet trop grave pour qu'on se permette ce genre d'attitude, et j'espère que la prochaine fois que quelqu'un devra s'occuper de fin du monde, ce ne sera pas vous, car votre absence de résultat n'est qu'une preuve accablante de votre triste incompétence.

En espérant avoir su vous transmettre mon impression sur votre travail, je vous prie d'agréer, messieurs, mes cordiales salutations.

Glützenbaum.

Note : je propose dès maintenant aux personnes partageant mon opinion sur cette sombre affaire de signer une pétition destinée à avoir quand même une fin du monde avant fin 2008 pour se consoler des résultats pitoyables du CERN. Prenez contact avec moi si vous êtes intéressé.

Merci de votre attention et à bientôt.